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La chasse du Héron cendré
A l'affût du Martin pêcheur ( Alcedo atthis )
( Cliquer sur les vignettes pour les agrandir. Il vous suffit de recliquer sur l'image agrandie pour la refermer)
La suite des photos d'oiseaux...
 

A l'ouest, par delà les hautes cimes des peupliers, la lune disparaissait, poussée à son opposé par les premières lueurs du jour qui gommaient déjà les dernières étoiles que l'aube avait épargné. Derrière la limite des arbres, l'Allier poussait ses flots, calmes en cette fin Août.

Très tôt ce matin, seuls les batifolages des grenouilles venaient trahir le foisonnement de vies qu'abrite l'étang. La légèreté de la brume qui le recouvrait encore allait être très vite remplacé par un autre brouillard, plus dense celui-ci : les milliers de moustiques et autres petits insectes aquatiques qui émergeaient de la surface. A peine plus tard, dans la pénombre encore pesante, les premières poules d'eau seraient les plus matinales.

Sortant de son couvert nocturne, un héron cendré osait s'aventurer hors de la barrière de roseaux qui lui avait servi d'abri et que les premiers rayons du soleil, rasants le sommet des massettes, rendaient moins propice au repos. A bonne distance, un Etrourneau sansonnet, dont les talents d'imitateur ne trahissaient qu'à peine, parodiait le cris de la Buse variable.

C'était pour surprendre le Martin pêcheur (Alcedo Atthis) dans ses activités matinales que j'avais, en cette fin de nuit, dressé mon affût à la lampe frontale.

Lors de mes précédentes séances de repérage, de petites branches surplombant l'eau en bordure de l'étang, avaient attiré mon attention. Celles ci s'avéreraient bien vite être un des reposoirs réguliers du missile bleu électrique qui patrouillait ici. Idéal pour y adosser mon affût, un enchevêtrement de jeunes peupliers encore buissonnants, s'étalait à sept ou huit mètres de là.

La journée s'annonçait chaude. La faune ne s'y était pas trompée car, à peine effleurée par les premières lueurs, une activité considérable était déjà palpable. Deux Hérons cendrés adultes, ayant rapidement quitté leurs perchoirs voisins se posaient tout prés de moi. A à peine cinq mètres à ma gauche, l'un deux s'était figé, immobile, et dans le calme de ces premières minutes du jour, il m'était facile d'entendre ses gargouillements rauques caractéristiques.

Impossible de bouger. La faible distance qui nous séparait, rendait impossible tout mouvement du téléobjectif et malgré le camouflage de l'affût, la plus petite rotation de l'appareil photo pour cadrer l'animal l'aurait immanquablement mis en fuite. Je préférais profiter pleinement de cette proximité pour observer de très prés ce magnifique animal pendant quelques instants encore. Bien qu'opportuniste, je gardais à l'esprit que mon sujet actuel ne se portait pas tant sur le Héron que sur le Martin pêcheur, et, malgré le désir tiraillant d'essayer de réaliser le gros plan qui semblait s'offrir à moi, je laissais l'objectif braqué vers son hypothétique cible initiale.

Machinalement, je tournais la tête dans cette direction, comme pour ne pas céder à la tentation. Le Martin pêcheur était là ! Discrètement, il était arrivé sans pousser le cri habituel qui accompagne ses déplacements et qui d'habitude signale ses fugaces apparitions. Je ne l'attendais pas si tôt et, rapidement, je donnais un tour de vis supplémentaire à mon réglage ISO pour passer de 400 à 800. C'est dans ce type de situation qu'on apprécie l'ergonomie d'un boîtier. Avoir les infos de prise de vue dans le viseur pour pouvoir les ajuster sans quitter le sujet de l'oeil est ici un atout certain.

Ajoutons à cela l'aide précieuse du dispositif de réduction de vibrations embarqué par de VR 500 f:4 de Nikon. Ici, il fait des merveilles puisqu'une partie des images exposées ont été réalisées sur trépied au 1/80 s avec une ouverture de 4.5.

Je réalise les premières images de ma journée mais bien vite, le plaisir s'avère de courte durée. Le tempérament farouche du Martin pêcheur l'emporte de l'autre côté de l'étang, effrayé par l'envol des deux Hérons. Le calme revient. Il va s'en suivre une longue attente. Deux heures consacrées à scruter les alentours immédiats et à essayer d'interpréter à l'oreille les évènements en cours.

Cette attente ne sera pas veine. Le cri du martin pêcheur retentit et se fait plus ténu à mesure de son approche. L'animal a ses habitudes :

- D'abord, il se pose en hauteur, sur les premières branches des peupliers en bordure de l'étang.

- De là, il observe. Il attend sa proie et le moment opportun pour s'élancer. Puis, trop rapide pour être saisi sans l'aide d'une barrière infrarouge par exemple, il s'abat au travers de la surface de l'eau pour se saisir du poisson qu'il venait de guetter.

- Ressortant de l'eau avec la même promptitude que celle avec laquelle il s'y était précipité, il vient se poser à l'endroit escompté, sa proie au bec.

- En quelques mouvements rapides et saccadés, il l'assomme sur la branche. Jonglant avec elle pour l'orienter tête première afin que les écailles ne le gêne pas, il l'avale rapidement.

Un tel effort lui inspirera quelques instants de repos à l'abri de la végétation jouxtant son perchoir.

Il reviendra ici un peu plus tard dans la matinée, au cours du parcours régulier de son territoire, juste pour me faire profiter de la lumière plus tapageuse sur l'éclat de son plumage.

 

© Photos et textes Eric PARRA. 2010 - Reproduction interdite.