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La Chasse du Héron Cendré (Ardea cinerea) ( Cliquer sur les vignettes pour les agrandir. Il vous suffit de recliquer sur l'image agrandie pour la refermer) |
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La lumière d'aout était déjà vive ce matin là. La température néanmoins fraîche pour la saison m'incitait à aller prospecter, une fois de plus, quelques étangs situés non loin de la maison et que l'activité agricole, dévorant petit à petit les berges de l'Allier, laissait encore en paix. Mais pour combien de temps encore ? Un pêcheur de grenouilles était déjà à pied d'oeuvre au bord de l'étang principal de la zone, le plus grand. Le seau à ses pieds était déjà, au tiers, rempli des batraciens décapités qui, jusqu'à son arrivée, emplissaient encore l'atmosphère de leurs coassements caractéristiques. Grenouilles vertes (Rana esculenta) et rousses (Rana temporaria) pullulent ici, offrant typiquement une pitance facile à glaner aux quelques longs couteaux, Hérons cendrés (Ardea cinerea) et Aigrettes garzette (Egretta garzetta), qui s'aventurent encore ici, lorsque le calme les y incite.
Les eaux de ces petits étangs, basses en cette saison, mais dont le niveau reste susceptible de varier fortement au moindre orage, accueillent aussi à l'occasion le Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax) et plus régulièrement quelques Chevaliers, guignettes (Actitis hypoleucos) et culs blancs (Tringa ochropus) pour les plus courants. Un couple de Grèbes castagneux (Tachybaptus ruficollis) y installe parfois sa couvée en compagnie de quelques Canards colvert (Anas platyrhynchos). Les cous tendus des Tortues de Floride (Trachemys scripta elegans), abondantes ici, sont autant de périscopes émergeant du tapis à peine discontinu de la végétation qui envahit, en toute saison, la surface de cette étendue stagnante. La vue de ces dizaines de grenouilles, dépouillées de leurs têtes, ne me présage rien de bien bon pour le reste de la journée. Je ne peux m'empêcher de repenser au Renard roux (Vulpes vulpes) dont la présence hantait ces lieux, il y a encore deux années, et que j'avais pu photographier avant que quelques âmes bien pensantes ne décident de le gazer.
Encore hésitant sur la suite à donner à cette journée en ces lieux, je décidais néanmoins d'aller jeter un oeil vers un autre étang situé non loin de celui-ci. De beaucoup plus petit, il offre néanmoins l'avantage d'accueillir des berges envahies de végétation, où les Roseaux des étangs, garnis en cette saison de leurs massettes caractéristiques, abritent quelques Gallinules poule-d'eau (Gallinula chloropus), et où le Martin pêcheur (Alcedo atthis) gratifie l'observateur de quelques fugaces apparitions. Une Cigogne noire (Ciconia nigra) s'y était aussi attardée quelques heures, durant l'automne 2007, lors d'une de ses haltes migratoires. L'endroit était calme. Quelques Gallinules vaquaient paisiblement à leurs occupations matinales, rassurées par la proximité de la roselière toute proche.
Discrètement, je m'avançais sous le couvert de la ripisylve, dans un peuplement étroit de jeunes Peupliers blancs. Une observation minutieuse des alentours ne révélait aucune autre présence que celle de ces petits rallidés qu'immanquablement j'allais déranger en installant mon affût. Tout en évitant soigneusement les bruits et mouvements superflus, je sortais un filet de camouflage de mon sac à dos. Il fut rapidement tendu entre quelques branches de peuplier qui descendaient ici vers le sol encore humide de rosée matinale. Aménagé par quelques branches récupérées sous son couvert et tapissé sur sa façade par les herbes promptement arrachées afin de dégager mon champ d'observation, il allait me fournir un abris idéal pour les heures avenir. Comme prévu, les poules d'eau s'étaient réfugiées dans la végétation qu'elles avaient, pour un temps seulement, abandonnée derrière elles. L'installation du matériel photographique, allait produire encore quelques mouvements étrangers à la tranquillité du lieu, mais, abrité par le filet tendu devant lui, cette ultime manipulation passait quasiment inaperçue; déjà quelques Mésanges charbonnières (Parus major) reprenaient leur quête de nourriture au dessus de moi tandis que le cri du Pic vert (Picus viridis) raisonnait à proximité. C'est ainsi qu'allaient se dérouler les longues heures qui me séparaient encore de l'éventuelle apparition de mon sujet du jour : le Héron cendré. Par expérience, je sais qu'une bonne heure est nécessaire pour que la nature reprenne ses droits à proximité immédiate de l'endroit qui a été choisi pour camoufler un affût. Je mets à profit ces premiers instants pour m'imprégner de l'atmosphère du lieu. Une écoute attentive permet d'imaginer ce qui est en train de se passer, ici et là, à quelques mètres de moi. Le balais des libellules n'a guère était perturbé par mon remue-ménage. Cette année il manque le concert des Guêpiers d'Europe (merops apiaster).
Arrivés dans la première quinzaine du mois de mai, ils auront peut être été victime de la météo exécrable de ce printemps, à l'image des Hirondelles qui ont payé un lourd tribut aux caprices du climat cette année. A moins que la malveillance soit à l'origine de la désertion de la colonie qui s'installe non loin de là depuis quelques années... Afin de ne pas me laisser surprendre par l'arrivée impromptue d'un habitué des lieux, je profite aussi des moments de calme suivant l'installation de ma cachette pour effectuer les réglages de base du matériel photo. Choix de la balance des blancs, vitesse et diaphragme imaginés parfaits pour ce qui risque de se produire. Contrôle des histogrammes sur quelques images test. Affiner la stabilité du trépied n'est pas une opération superflue lorsque qu'on utilise de longues focales. Enfin, tout semble prêt. La patience est de rigueur. La discrétion aussi. Bien souvent en position inconfortable, mes muscles ont tendance à s'engourdir et les possibilités de mouvement très restreintes ne participent guère à rendre l'attente agréable. L'observation des lieux au travers des mailles du filet n'est pas des plus aisée non plus, et le champ de vision étroit qu'offre mon 500 mm Nikon ne donne qu'une idée partielle de ce qui se passe devant moi. Le balayage de la zone à l'aide de l'appareil doit rester aussi discret que possible. Bien que surmonté d'un pare-soleil généreux, il est toujours possible que l'éclat de la lentille frontale, frôlée par un rayon de soleil, vienne trahir ma présence. Après deux heures d'une longue attente, enfin, un cri de Héron au loin vient donner un espoir. Peut être va t'il passer par là ? Mais bien vite, le calme revient. Seuls les bourdonnements des insectes et les ébats des poules-d'eau, qui ont bien vite repris leur méticuleux ratissage de l'étang, donnent à distraire l'ouie et la vue. Soudain, cette relative tranquillité s'ébranle discrètement. Le bruit de l'air brassé par de lourdes ailes s'ajoute au bruissement des celles des petites mésanges au dessus de moi. Encore caché par les roseaux qui rendent invisible l'activité abritée dans la anse de l'étang, à ma droite, un cendré vient de se poser, et il avance à pas mesurés au travers de la végétation, à une bonne dizaine de mètres de ma cachette. Redoublant de précautions, j'oriente mon téléobjectif dans sa direction. C'est un juvénile. La calotte grise des plumes sur sa tête et l'absence de poignet noir en attestent sans qu'il y ait l'ombre d'un doute. Enfin, la première photo. Je contrôle rapidement les histogrammes qui s'affichent maintenant sur l'écran du D700. C'est OK ! De toute façon, je travaille en format NEF, ce qui me permettra de corriger d'éventuelles petites erreurs de jugement lors du post-traitement.
Avançant discrètement, il se découvre enfin totalement. Scrutant les alentours de son regard perçant, il semble à la fois guetter une proie éventuelle tout en s'assurant qu'aucun danger ne puisse venir troubler son festin. C'est dans un silence absolu qu'il progresse vers le centre de l'étang. La végétation aquatique arrive jusqu'à toucher son ventre.
Progressant vers une zone moins profonde, il se fige soudain, le bec ouvert, comme pour tirer de l'atmosphère les informations qui lui manquaient pour mener à bien sa quête de nourriture.
Une première proie est très vite repérée. Il bondit... Les ailes largement déployées pour adoucir sa réception, il projette en avant son bec en poignard, aidé en cela par son long cou, véritable ressort naturel.
Cette première tentative est un échec. La proie lui échappe, et seule, une touffe de végétation reste pincée dans son bec. D'un bon, le corps presque totalement immergé, il tente de récupérer celle qui vient de lui échapper, mais en vain encore. L'étang foisonne de batraciens. Visiblement attiré par une zone plus propice à l'exercice, il s'envole pour quelques mètres.
Il choisit de se poser sur les restes d'un vieux tronc immergé, dont une irrégularité effleure la surface de l'étang. Tout en ébrouant son plumage, à peine souillé par les éclaboussures d'eau stagnante lors de son premier essai, son regard perçant ne cesse la surveillance des activités alentour.
Quelques instants plus tard, descendant de son promontoire, il se dirige vers une nouvelle cible.
Ce n'est pas sa journée de chance et cette nouvelle tentative se solde elle aussi par un échec. Las de ses déboires, notre jeune prédateur décide de quitter les lieux...
... mais pour mieux laisser la place à un autre, plus petit cette fois-ci. Malheureusement pour moi, par respect du milieu naturel, et afin d'éviter de marquer trop l'endroit de ma présence, une touffe d'herbe, laissée dans le champ de prise de vue, en a masqué l'activité.
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© Photos et textes Eric PARRA. 2010 - Reproduction interdite. |
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